Monsieur le président,

je vous fais une lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps… et la condescendance.

Nous vous voyons très sûr de vous et, par conséquent, très fermé à tout ce qui pourrait vous faire douter de l'excellence de vos choix. Vous avez même tendance à prendre pour des imbéciles ceux qui ne céderaient pas à l'évidence que votre politique est la meilleure, la seule raisonnable et qu'elle va faire notre bonheur.

Franchement, je me demande si vous pensez vraiment ce que vous essayez de nous faire croire (il paraît que vous êtes très intelligent) ou bien si vous jouer la comédie pour nous faire avaler les sévices que vous nous infligez pour complaire à vos maîtres tout-puissants.

Je suis sûr, pour ma part, que ce n'est pas Paul Ricoeur qui vous a transmis ce mépris des petites gens que vous affichez. Non. Il était, lui aussi, très intelligent mais il ne mesurait pas l'intelligence à la capacité de devenir milliardaire et de se moquer des pauvres.

Vous prétendez incarner la modernité et le changement et, certes, vous avez fait faire un pas supplémentaire à la république marchante vers le cynisme que prévoyait Karl Marx dans son « Manifeste du Parti Communiste ». Parlant de la bourgeoisie, il écrit : « Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange et, à la place des nombreuses libertés, si chèrement acquises, elle a substitué l'unique et impitoyable liberté du commerce. »

En fait, ce mouvement qui nous mène vers le pire et que vos prédécesseurs ont favorisé avec quelques retenues, quelques réticences morales (au moins dans le discours), vous l'assumez, vous n'avez pas honte, vous en êtes même fiers, dirait-on. Êtes-vous inconscient ou pervers ?

L'histoire vous nommera comme le président qui a officialisé en France l'injustice puisque vous creusez le fossé entre les riches et les pauvres.

Vous serez le président de la misère, car jamais on ne vit en France autant de régression sociale.

Jamais le pouvoir n'avait osé s'en prendre aux plus âgés, à ceux qui, ayant travaillé toute leur vie, pouvait espérer qu'on ne viendrait pas diminuer leurs pensions, souvent si modestes, pour assurer les profits des actionnaires;

Jamais on n'avait sacrifié à ce point les services publics pour grossir les intérêts privés d'un petit nombre.

Vous attaquez la santé, instituant une médecine pour les plus fortunés et condamnant les autres.

Vous avez détruit la SNCF pour nous faire avaler sa privatisation.

Vous étouffez l'enseignement public pour que les enfants « de bonne famille » comme vous, aillent engraisser les « Providences » et autres écoles privées.

Vous avez saccagé les droits acquis de haute lutte pour protéger les travailleurs.

Vous augmentez le chômage tout en accusant les chômeurs d'être responsables de leur manque de travail.

Vous divisez les Français pour les opposer les uns aux autres.

Vous achetez la presse et les médias pour leur faire répandre votre idéologie et vos informations manipulées (et vous prétendez lutter contre les « fausses nouvelles »).

Vous justifiez la pollution, prétextant que réduire les pesticides ou le nucléaire nuirait à l'économie;

Mais surtout, surtout, vous réduisez la France à n'être qu'une démocratie fantoche, un État croupion complètement soumis aux ordres des puissances financières mondialisées et, en particulier, de l'Union Européenne qui n'est que le conseil d'administration des multinationales.

Vous êtes le président sans pouvoir d'une France privée de toute autonomie, d'un peuple sans souveraineté. Vous êtes la marionnette volontaire, consentante, enthousiaste même (et, certes, ce n'est pas donné à tout le monde) de la puissance anti -humaine de l'oligarchie qui s'est appropriée la richesse du monde;

Monsieur le Président, ne vous étonnez pas si, un jour prochain, les Français que vous avez trahis vous font part de leur profond désaccord.

Recevez, Monsieur le président, mes salutations citoyennes les plus réservées.

jefdelhaye.

Billet original sur librinfo74