Fait inhabituel : les élus UMP au conseil municipal sont sortis de leur torpeur pour envoyer, par le biais de Michel Dantin, un communiqué à la presse. L’événement est remarquable, car en deux ans et demi de mandat, c’est bien la première fois que Dantin agit de la sorte. Faut-il y voir une conséquence de l’actualité nationale chargée, qui l’aurait amené à vouloir s’exprimer sur la réforme des retraites ou à donner son avis sur la campagne pétainiste que Sarkozy et Hortefeux mettent en place pour nous faire oublier les magouilles de Woerth ? Avait-il quelque chose d’urgent à nous dire sur les dossiers locaux du dernier conseil municipal qu’il avait une nouvelle fois séché, ce qui nous aurait permis d’avoir son point de vue sur la croissance de la dette de Chambéry métropole ou sur la piétonisation du faubourg Montmélian ? Non, Dantin n’a envoyé un communiqué que parce qu’il estimait indispensable de faire savoir à la population chambérienne qu’il avait écrit à la maire pour lui demander de convoquer le prochain conseil municipal à Chambéry-le-Vieux, afin de célébrer le 50e anniversaire de son rattachement à Chambéry !
La navrante nullité de ce communiqué est très caractéristique de la faiblesse des interventions de l’UMP au conseil municipal. Très souvent absents aux conseils municipaux, les élus de droite ne mettent pas les pieds dans les commissions et arrivent au conseil municipal sans avoir travaillé les rapports qui sont à l’ordre du jour. L’indolence des élus sarkozistes au conseil municipal est telle qu’en deux ans et demi de mandat, ils n'ont déposé aucun vœu et seulement deux questions écrites. Bref, si l’UMP veut nous faire travailler plus, ses élus chambériens s'attachent avec efficacité à promouvoir la réduction de leur propre temps de travail !
Au-delà de leur mollesse, les élus de l’UMP ont aussi un problème de positionnement politique. Ne votant pas le budget, ils veulent se situer dans l’opposition, mais comme ils approuvent la quasi-totalité des dossiers, ils n’arrivent pas à définir une politique alternative à celle de Laclais et Besson. Quand on connaît la politique de Laclais, on peut, il est vrai, comprendre qu’elle ne soit pas de nature à heurter des élus de droite, mais la raison principale des difficultés des élus de la droite est la participation de l’UMP au bureau de Chambéry métropole. En politicien matois, Besson s’est en effet arrangé pour confier au maire UMP de Saint-Jeoire, Jean-Marc Léoutre, la première vice-présidence de la communauté d’agglomération et la responsabilité des finances, ce qui contraint les élus UMP à voter le budget de la communauté d’agglomération. Dès lors, les carottes du PS sont cuites : après avoir apporté à Chambéry métropole leur soutien à la politique de Besson, les élus de l'UMP n'ont plus guère de possibilité de s’opposer à cette même politique lorsqu’elle est discutée au conseil municipal, ce qui explique qu'ils n'ont plus grand-chose d'autre à dire que de parler du choix de la salle du prochain conseil municipal...
A ces difficultés politiques s’ajoute aussi l’un de ces conflits de leadership qui anime la morne vie de la droite provinciale. L’UMP chambérienne croyait avoir trouvé son Sarkozy local en Xavier Dullin, mais ses deux échecs consécutifs ont convaincu la droite locale que Chambéry n’était pas disposée à prendre pour maire un aussi caricatural représentant de la grande bourgeoisie catholique. Après avoir eu sa planche bien savonnée par Corinne Townley, qui ne manque pas une occasion de médire sur son compte, Dullin a été mis sur la touche, le leadership du groupe UMP étant alors confié à Olivier Ayet. Prenant son rôle au sérieux, Ayet fit un certain travail : il ouvrit un blog, fit une ou deux conférences de presse et envoya deux ou trois communiqués de presse. Non sans une certaine naïveté, il crut son heure arrivée et réclama, lors des dernières élections, le poste de conseiller régional qu’occupait Dullin. Déjà peu porté à supporter quelqu’un qui se prenait pour la réincarnation de Philippe Seguin, Dullin n’était pas prêt à accepter de se faire chiper la place et Ayet, rayé de la liste, comprit qu’il ne serait jamais qu’un second couteau. Tel le corbeau sur son arbre perché, Ayet jura mais un peu tard qu’on ne l’y reprendrait plus et démissionna en avril dernier du conseil municipal.
Roulant des mécaniques depuis qu’il est devenu, un peu par hasard, député européen, Dantin cherche donc à profiter de ce contexte pour prendre le leadership de la droite chambérienne et c’est bien pour cela qu’il a voulu envoyer un communiqué. Bien qu’il se prenne déjà pour Pierre Dumas, Dantin aura toutefois du mal à s’imposer, si l’on en juge par ce communiqué qui témoigne des limites de ses capacités politique. Il lui faudra de plus compter avec Dullin, qui pour se faire relativement discret reste néanmoins présent, sans oublier la présence de Michel Bouvard qui n’a renoncé à rien. Bref, rongée par les ambitions de ses chefs, tout en étant incapable de proposer une alternative politique à Chambéry, la droite chambérienne ne parvient pas à sortir la tête de l’eau et se trouve réduite à ne plus guère communiquer que sur le choix d'une salle...
La morale de cette right side story est donc simple : à Chambéry comme à Paris, la droite est clairement à bout de souffle. Alors que la généralisation de la colère sociale montre que ceux d'en bas ne veulent plus, la situation politique montre que ceux d'en haut ne peuvent plus : le contexte est incontestablement favorable à la construction de ce mouvement d'ensemble, qui permettrait à ceux du milieu de pencher du bon côté. Ne ratons pas la fenêtre qui s'ouvre à nous : il est l'heure de prendre notre revanche et de mettre un terme à la sale politique de Sarkozy !
Billet original sur Chambéry 100% à gauche